Le bilan carbone : un indicateur pertinent pour le bâtiment

CONTRAINTS OU FORCÉS, LES ACTEURS DE L'IMMOBILIER DOIVENT AGIR

 

Si le climat, toujours en évolution, n'a jamais été stable, l’activité humaine depuis deux cents ans est à l’origine d'un dérèglement majeur, essentiellement par son utilisation incontrôlée d’hydrocarbures fossiles.

 

En France, le parc immobilier de bureaux recouvre plus de 200 millions de m2et le secteur du bâtiment dans son ensemble consomme 43 % de l’énergie finale et contribue pour 25 % aux émissions nationales de gaz à effet de serre (GES). Depuis le Grenelle Environnement, l'État durcit la réglementation et les acteurs tertiaires doivent donc, volontairement ou contraints, s'engager à réduire leurs impacts.

 

Les organisations ont donc besoin d'être guidées dans une stratégie bas carbone, adaptée à leurs sites et leur activité. En réalisant leur bilan carbone (appelé aussi bilan GES), elles obtiennent un indicateur non pas économique mais physique, une évaluation de la masse totale de gaz à effet de serre émis dans l’atmosphère sur une année. Comme tout bon bilan, il permet d'identifier les axes d'amélioration, les indicateurs à suivre et les procédures à faire évoluer.

 

 

 

 

 

L'expertise d'un professionnel en conseil carbone est indispensable tout au long de la démarche pour appréhender les enjeux et la réglementation, planifier les actions prioritaires, faciliter et évaluer leur déploiement et in fine pérenniser le développement de l'activité.

 

 

 

POURQUOI SE PRÉOCCUPER DE SON EMPREINTE CARBONE ?

 

Un groupement inter-disciplinaire et international des plus grands experts scientifiques travaillant sur l'évolution du climat, le GIEC, prévoit un réchauffement des températures de grande ampleur sur un laps de temps très court. La planète et l'humanité toute entière connaissent déjà des bouleversements majeurs sur le plan environnemental mais aussi économique et sociétal.

 

Le secteur de l'immobilier est un des rares qui offre des possibilités de progrès fortes pour répondre aux engagements nationaux de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Pour une entreprise, agir dès maintenant est nécessaire pour ne pas disparaître.

 

L'organisation consciente de ses responsabilités et des attentes de ses parties prenantes a besoin d'un outil de mesure pour son patrimoine et toute son activité. Bénéficier d'une comptabilité carbone lui apporte de nombreux avantages : sensibilisation des parties prenantes, évaluation des différentes sources d'émissions de GES, aide à l'orientation stratégique et communication des résultats obtenus.

 

L'urgence d'agir n'étant malheureusement pas une raison suffisante pour de nombreux acteurs, le législateur a fini par instauré une obligation légale. Depuis 2012, la loi Grenelle 2 impose, au travers de l'article 75, à l’ensemble des personnes morales de droit privé employant plus de 500 personnes (250 en outre-mer), des collectivités de plus de 50 000 habitants et des personnes de droit public de plus de 250 personnes, de réaliser un Bilan des émissions de gaz à effet de serre tous les trois ans.

 

 

LE PÉRIMÈTRE PRIS EN COMPTE POUR PREUVE DE SA SINCÉRITÉ

 

Le périmètre réglementaire est trop souvent la limite que se fixe les organisations, quant bien même ce niveau d'analyse exclut des leviers essentiels pour diminuer les impacts carbone.

 

Déjà restreinte aux seules grandes organisations, la législation manque aussi d'ambition quant aux activités concernées puisqu'elle n'exige le calcul que d'une petite partie des émissions, très insuffisante au regard des émissions réellement engendrées par le patrimoine et les différents pans constitutifs de l'activité globale.

 

 

Illustration du périmètre pertinent à retenir pour le bilan carbone d'un site tertiaire

 

 

Un périmètre exhaustif est primordial car il permet d'abord d’approfondir l’évaluation globale de l'activité. Il donne lieur ensuite à une analyse plus fine de la dépendance économique, donc de la vulnérabilité, aux produits et services émetteurs de gaz à effets de serre.

 

Pour prouver la sincérité de sa démarche et maîtriser réellement son empreinte carbone, l'entreprise doit ajouter le suivi des émissions dues aux immobilisations, à la climatisation, aux achats de biens ou de services, au traitement des déchets,, à l’utilisation et à la fin de vie des produits vendus mais aussi aux flux de personnes. Pour reprendre la terminologie de la norme ISO 14064-1, un des principaux référentiels en la matière, c'est bien l’ensemble du Scope 3 qui est à intégrer à la démarche.

 

Pour un patrimoine immobilier, prouver sa sincérité passe aussi par le calcul des émissions de GES à climat constant. En faisant abstraction des variations de consommations liées aux conditions météorologiques, c'est bien l’impact réel des consommations de chauffage ou de climatisation qui est mesuré.

 

 

« NORMES » OU « MÉTHODES », LES RÉFÉRENTIELS SONT MATURES

 

Il existe plusieurs référentiels nationaux et internationaux définissant un cadre pour la réalisation d’un bilan GES (norme ISO 14064-1, protocole GHG, méthode Bilan Carbone®...) Tous ces outils diffèrent finalement assez peu les uns des autres et le choix se fera notamment en fonction de la communication autour du projet. Quel que soit l'outil choisi, il apporte une exhaustivité à la démarche :

  • Mise à jour des principaux postes d’émissions et hiérarchisation des actions ;

  • Identification des leviers de réduction des coûts financiers ;

  • Réflexion pour trouver de nouveaux relais de croissance ;

  • Réduction de la vulnérabilité aux variations de prix des énergies fossiles ;

  • Suivi d’un nouvel indicateur de performance pour le reporting extra-financier.

 

Forcément inscrite dans la durée, une politique carbone performante et pérenne suit des étapes bien définies d'amélioration continue  :

  • Sensibiliser les équipes à l'effet de serre ;

  • Définir le patrimoine et les champs d'activité retenus ;

  • Collecter les données de base et procéder aux calculs ;

  • Planifier et lancer les actions annuelles ;

  • Évaluer et réorienter le plan d'actions ;

  • Communiquer le plus largement possible les résultats.

 

 

 

LE SIÈGE DE GECINA, UNE DÉMARCHE EXEMPLAIRE

 

Depuis 2011, l'association Riposte Verte accompagne Gecina sur son opération « Siège exemplaire » et réalise les bilans GES de son patrimoine. La gouvernance de la démarche a été confiée à Stéphane Carpier, directeur technique de la foncière, par ailleurs premier patrimoine de bureaux en France. Au sein du comité de pilotage, les principaux services sont représentés, notamment les moyens généraux qui déclinent la majorité des actions.

 

Les collaborateurs et les entreprises partenaires sont impliqués. Ces dernières s’engagent en signant la charte d’achats responsables qui promeut le développement d'actions telle que la réduction des émissions de GES.

 

Alors que pour son patrimoine Gecina ne peut influer que sur le périmètre restreint aux consommations d’énergie, sur son siège, l’action se déploie à travers un périmètre élargi. L’empreinte carbone est ainsi mesurée pour de nombreux domaines dont la restauration et la flotte automobile qui a vu ses émissions de CO2 se réduire de 10 % en 12 mois.

 

 

Profil d'émission du siège de Gecina en 2014 avec marges d'erreur - en téqco2

 

 

Premier consommable de bureau, la papier ramettes est issu de fibres recyclées (économie immédiate de près 50 % d'émissions de GES) et l'installation d'un système de badge a réduit la consommation globale et les émissions de GES, ces dernières de 19 tonnes de CO2. Une économie supplémentaire de 3,5 tonnes vient de la conception et du paramétrage des machines.

 

En 5 ans, le gain sur les consommations d'énergie a réduit de 28 % les émissions de CO2 avec des actions complémentaires : optimisation du pilotage de la GTC ; consignes d’éclairage plus précises et corrélées aux variations hebdomadaires de la durée du jour ; extinction systématique des zones bureaux en premier jour à 12h00 ; éclairage par détection de présence dans les zones parking et techniques ; remplacement de 1 006 lampes dichroïques par des LED ; déploiement d'un système de capteurs énergétiques sur tout le bâtiment, etc.

 

Deux graphiques, tirés du Document de référence 2014 de Gecina, illustrent la baisse des émissions de GES du premier patrimoine de bureaux en France obtenue grâce à une politique ambitieuse.

 

 

 

 

Article écrit initialement pour le Guide 2016 du Génie des lieux