Pour une économie circulaire de la filière papier recyclé

Les opportunités d'amélioration et de dynamisation de la filière papier recyclé en France sont réelles et répondent aux enjeux environnementaux qui entourent la production, la consommation et le recyclage du papier.

 

Le papier est un support de communication issu de ressources renouvelables puisqu’il est issu en grande partie de la transformation du bois. Il tient toujours dans la vie culturelle de l’Homme une place importante.

 

Un travail important a été réalisé par la filière ces dernières années, notamment en Europe, afin de faire progresser les pratiques d’approvisionnement, de production et de transparence.

 

Nombre d’améliorations peuvent toutefois encore être réalisées. Le papier, s’il est produit sans garanties de pratiques responsables, peut avoir des impacts négatifs sur l’environnement tels que la pression sur les forêts, l’émission de pollutions chimiques et atmosphériques ainsi que la production de grandes quantités de déchets non valorisés.

 

Au même titre que d’autres secteurs, il faut donc développer un contexte favorable à la production et à la consommation responsables, tout en maximisant l’efficacité du recyclage et en encourageant les achats de papier recyclé.

 

Être contre l’usage du papier n'a pas de sens, Il faut plutôt encourager une utilisation raisonnée de papier responsable.

 

 

 

Un marché du papier globalisé : 20 % de hausse attendus d'ici 2020

 

Il apparaît important de rappeler les enjeux internationaux de la filière papier car ils sont des clés de lecture indispensables dans un contexte globalisé ou les échanges commerciaux de matière fibreuse à base de bois sont conséquents (en volume, le papier-carton est la deuxième matière la plus échangé mondialement après les métaux).

 

A l’échelle mondiale, la production et la consommation de papier augmentent et les projections font état d’une hausse de la demande en termes de fibres de 20 % d’ici à 2020, principalement impulsée par les pays d’Asie, d’Europe de l’est et d’Amérique latine.

 

Cette hausse de la demande aggravera la pression sur des régions où sont implantées de nombreuses usines et où l’expansion des capacités de production est pressentie, au premier rang desquelles l’Indonésie (Sumatra, Bornéo) et la Nouvelle Guinée, le Chili, la forêt atlantique ou encore la Russie et la Colombie.

 

Sans garanties de provenance et de fabrication, cette évolution peut avoir des impacts négatifs sur l’environnement tels que :

- conversion de forêts naturelles en plantation

- destruction de la biodiversité

- pression accrue sur les forêts et dégradation des écosystèmes

- émission de pollutions chimiques et atmosphériques

- émission de grande quantité de CO2

Le développement de plantations à croissance rapide, qui sont la principale source de matière première pour le papier, peut également poser des problèmes de nature sociale en menaçant le lieu de vie de certaines populations locales.

 

 

 

Face à ces enjeux majeurs, le développement d’une filière performante sur le recyclage et la production de papier recyclé, à l’échelle de la France, se pose en véritable alternative durable.

 

D'ailleurs, le secteur papetier est dépendant en partie des fibres vierges, une fibre de papier ne se recyclant qu’en moyenne 5 fois. Il est donc nécessaire, techniquement, d’avoir un flux entrant de matière vierge afin d’assurer le cycle de production du papier.

 

Sur cet aspect, il est nécessaire de faire une distinction importante entre les fibres vierges présentant des garanties environnementales face à celles pouvant présenter des risques. Une fibre de papier peut en effet provenir d’une forêt ou d’une plantation bien ou mal gérée.

 

A ce jour, le schéma de certification forestière FSC (avec audit par tierce partie) est le plus abouti et le plus solide pour garantir une bonne conservation de l’écosystème forestier. De ce fait, les fibres vierges alimentant le circuit de production du papier doivent être certifiées FSC.

 

L’importation de fibres vierges n’est donc pas nécessairement synonyme de risques environnementaux sur la fibre elle-même (sans traiter ici du sujet lié notamment à l’empreinte carbone).

 

En France, de fortes disparités selon les catégories de papier

 

Bien que la France enregistre globalement un recul de sa consommation de papier graphique depuis plusieurs années, notamment depuis le début de la crise financière, son empreinte écologique globale liée à la consommation de papier reste forte et peut être améliorée, comme cela apparaît dans les études PAP50 réalisées par Riposte Verte et le WWF France.

 

Le bilan du recyclage en France reste lui plus que préoccupant. Seuls 15 % du papier de bureau sont recyclés, et le taux de recyclage sur le territoire reste bas, avec seulement 49 % des papiers et cartons recyclés.

 

A la vue des outils à disposition et des acteurs en place dans le secteur de la filière papier, cette situation est presque inconcevable et n’a aucun sens d’un point de vue environnemental et économique.

 

En sus, il est nécessaire de bien faire la distinction entre les différentes catégories de papier, ainsi que l’usage de fibres recyclées selon les catégories de papier, afin de bien comprendre où se situent les plus grand enjeux. En effet, il existe des types de produits papier dans lesquels on retrouvera un pourcentage de fibres recyclées plus ou moins significatifs (comme l’illustre le graphique ci-dessous, extrait du PAP50 2010). Les performances par catégorie sont depuis restées quasi similaires.

 

 

 

La catégorie dite des « papiers graphiques » est donc celle sur laquelle les efforts de recyclage et de réutilisation de la fibre doivent être concentrés, pour deux raisons principales :

 

1. Comme évoqué plus haut, c’est une catégorie qui connaît un gros déficit quant à l’efficacité du recyclage (seuls 15 % du papier de bureau sont recyclés, alors qu’il est composé en quasi-totalité de papier graphique).

 

2. Le papier graphique, par exemple le papier ramette, possède une valeur qualitative supérieure aux autres types de produits qui permettra de produire à nouveau du papier de bureau blanc mais également des produits d'hygiène et certains papiers d’emballage.

 

La production de papier recyclé de qualité ne pourra se faire sans adjonction d'intrants en forte quantité qu’à base d’un papier graphique blanc ayant déjà un haut niveau de qualité technique.

 

Il existe des opportunités très importantes autour de l’amélioration et la dynamisation de la filière recyclage du papier en France afin de répondre aux enjeux environnementaux qui entourent la production, la consommation et le recyclage du papier.

 

Les pistes d’amélioration sont heureusement nombreuses et connues

 

1. La technologie papetière présente en France à l’heure actuelle permet tout à fait de produire du papier recyclé d’une qualité (blancheur/"imprimabilité") équivalente à celle d’un papier vierge. Il est donc important de « briser » les idées reçues et d’expliquer la réalité des choses, notamment à travers une communication efficace autour du sujet.

 

2. A la vue des expériences menées dans le cadre des études PAP50 notamment et des échanges avec les collecteurs spécialisés, la collecte en flux dédié, avec un pré tri, permet de réduire les coûts en centre de tri grâce à la suppression du "démélange" et à la diminution des refus de tri. Elle présente donc le meilleur ratio de recyclage en fin de chaîne.

 

3. Si la mise en place de l’éco-contribution différenciée est à saluer et à soutenir, son renforcement (annoncé) est indispensable pour rendre de plus en plus intéressant l’achat de papier recyclé dans le futur (augmentation progressive de l’ampleur des modulations des éco-contributions et élargissement aux secteurs exemptés actuellement, presse magasine et édition ainsi qu'une trop large partie des acteurs publics.).

 

4. Il est nécessaire de réaffirmer le rôle exemplaire attendu de l’État, qui doit largement favoriser le papier recyclé, se fixer de nouveaux objectifs ambitieux et se donner les moyens de les atteindre.

 

 

 

5. La logistique inversée apparaît cohérente et pertinente à la vue des enjeux de valorisation, notamment, du papier graphique et de la difficulté d'accéder au gisement des TPE/PME.

 

6. Sur la dimension « marketing », il existe entre autres deux groupes de travail mis en place dans le cadre de la discussion autour de l’affichage environnemental en France. Ces groupes, pilotés par la plate-forme ADEME/AFNOR, s’intitulent : « GT8 papeterie » et « GT Méthodologie ». Au sein de ces groupes est toujours discutée la pertinence de mettre en place un « indicateur biodiversité » qui permettrait d’apporter une information sur l’impact d’un produit sur la forêt.

 

Prenons l’exemple d’un cahier 100 % recyclé. A travers cet indicateur, son niveau d’impact sur la forêt sera considéré faible et le consommateur en sera informé à travers l’attribution d’une note reflétant un bon niveau de performance. A contrario, un cahier 100 % fibres vierges sans aucunes garanties verra sa note dégradée.

 

Bien que l’existence d’un indicateur biodiversité apparaisse comme légitime pour beaucoup des parties prenantes consultées, sa validation de principe, notamment par l’ADEME, pourrait ne pas avoir lieu. Cela voudrait dire que pour les produits papier, l’impact de l’extraction de la fibre sur la forêt sera mis de côté, l’affichage ne se concentrant que sur les autres aspects tels que le CO2 ou encore l’eutrophisation, ce qui constituerait un oubli majeur.

 

Il faut donc souhaiter la mise en place d’un indicateur biodiversité, qui permettra une approche cohérente dans l’estimation des impacts environnementaux, tout en valorisant notamment les produits issus du recyclage.

 

7. Afin de mieux valoriser les gisements « difficiles d’accès » il est important de favoriser un maillage important sur le territoire de structures de proximité, généralement de l’économie Sociale et Solidaire (ESS) qui seront capables d’assurer la collecte dans des endroits jusqu’ici peu valorisés.

 

8. Au-delà de cela, n'oublions pas que la dynamisation de la filière recyclage s’accompagnera de manière certaine de créations d’emplois non délocalisables, synonymes d’une vraie boucle vertueuse et cohérente.

 

9. A un niveau plus large, il serait intéressant de considérer les opportunités et la faisabilité de voir se mettre en place un cadre législatif favorable qui favoriserait la dynamisation de la filière recyclage, notamment à travers une obligation de recyclage pour les gros générateurs de papiers graphiques ou en donnant la préférence nationale aux vieux papiers.

 

 

CET ARTICLE EST TIRÉ DE LA NOTE DE SYNTHÈSE QUE RIPOSTE VERTE ET LE WWF FRANCE ONT REMIS AU DÉPUTÉ SERGE BARDY LORS DE LEUR AUDITION DU 18 MARS 2014 AU PARLEMENT SUR LE DÉPLOIEMENT DE L'ÉCONOMIE CIRCULAIRE DANS LA FILIÈRE PAPIER RECYCLÉ EN FRANCE.